Cyclone Cyclone Danny - 2015

PREVISIONS D'ACTIVITE CYCLONIQUE - AOUT 2021

12/08/2021

Les prévisions d’activité cyclonique sont pilotées par la connaissance de phénomènes climatiques de grandes échelles géographiques et temporelles (El Niño/La Niña et températures de surface de l’Océan Atlantique en particulier) dont on connaît certaines conséquences et corrélations avec l'activité cyclonique.
Ces phénomènes ont une influence sur des facteurs météorologiques importants pour l’activité cyclonique :
- La température de l'océan superficiel dans les régions habituelles de formation et d’évolution des cyclones.
- L'organisation des vents sur une couche importante de l'atmosphère.
- L’humidité intégrée de la masse d’air et sa capacité à créer des mouvements verticaux.

Oscillation australe El Niño (El Niño Southern Oscillation : ENSO)

L’Océan Pacifique tropical est en configuration neutre de l’oscillation australe ENSO (température de surface de la mer proche de la normale), faisant suite à un événement La Niña d’intensité modérée entre août 2020 et février 2021 (figure 1). Le modèle MF-S7 et le modèle SEAS5 du Centre Européen de juillet 2021 prévoient majoritairement la poursuite de cette phase neutre pour la suite de la saison cyclonique, avant un potentiel retour à La Niña (figures 2a et 2b).

 

Prévisions ENSO

Les prévisions multi-ensembles du Centre Européen sont assez dispersées, partagées entre le scénario neutre (privilégié pour la saison cyclonique) et le scénario La Niña (figure 3). Les prévisions des modèles dynamiques et statistiques disponibles, basées sur les conditions observées pendant la première quinzaine du mois de juillet et sur l’expertise des prévisionnistes de l’IRI, suivent la même tendance, avec un scénario neutre privilégié d’août à octobre, puis un retour à une phase La Niña progressif autour du trimestre SON (55 % de probabilité d’une phase La Niña, 42 % de phase neutre et 3 % de phase El Niño – figure 4).

En général des conditions ENSO neutres sont associées à une faible capacité à prévoir l’activité cyclonique, tandis qu’une phase La Niña s’accompagne souvent d’une saison plus active que la normale.

Températures de surface de l’Océan Atlantique

Depuis plusieurs mois, la configuration de l’Océan Atlantique (figure 5a) est caractérisée par des anomalies froides des températures superficielles au large de l’Europe de l’Ouest mais surtout des anomalies chaudes sur la majeure partie du bassin, particulièrement au niveau du Gulf Stream au large de la cote Est des États-Unis et sur la quasi-intégralité de l’Atlantique Nord subtropical les anomalies peuvent atteindre 1°C ou plus. On notera également l’absence d’anomalie chaude sur la zone tropicale 15-20°N, à nos latitudes. Les températures moyennes restent toutefois légèrement plus chaudes que la normale dans le Nord de l’Atlantique tropical, et ce de façon quasi-ininterrompue depuis plus d’un an (figure 5b).

Les prévisions de Météo-France tendent vers une résorption légère de ces anomalies chaudes sur la majorité du bassin Atlantique, dont le Nord tropical resterait toutefois plus chaud que la normale pour la suite de la saison cyclonique (figure 6a et 6b).

En général ce type de configuration des températures de surface de l'Océan Atlantique est associé à une saison cyclonique plus active que la normale.

Les prévisions d’activité cyclonique des différents centres internationaux

Le modèle de prévision saisonnière du Centre Européen (ECMWF) du mois de juillet (figure 7) prévoit une activité cyclonique supérieure à proche de la moyenne 1993-2020 sur l'Atlantique tropical pour le semestre à venir (août à janvier). Sur cette période, ECMWF s’inscrit dans la tendance générale annoncée par divers centres internationaux (tableau en dernière page). Il prévoit cependant une activité cyclonique inférieure à la normale sur le semestre glissant suivant (septembre à février), statistiquement non significative.

En moyennant les prévisions disponibles des différents centres pour la saison cyclonique, on s’attendrait à un nombre total de cyclones nommés entre 14 et 20, dont 6 à 9 ouragans, 2 à 5 d’entre eux pouvant être majeurs. C’est légèrement au-dessus des nouvelles normales, calculées sur la période 1991-2020, et proche des moyennes des 10 et 20 dernières années.

Ce bulletin de début août, coïncidant avec l’entrée dans le cœur de la saison cyclonique, correspond à la mise à jour du bulletin de début de saison cyclonique de mai 2021. Historiquement, l’indice de confiance dans les prévisions est supérieur à celui du début de saison. Il faut noter également que 5 cyclones se sont formés à ce jour, le dernier en date étant l’ouragan Elsa.

On retiendra comme scénario le plus probable une saison 2021 légèrement plus active que la normale.

Nombre de tempêtes tropicales et cyclones prévus entre juin et novembre 2021 par le modèle SEAS5 le 01/07/2021 (source : Union Européenne - ECMWF). Activité cyclonique prévue en vert, moyenne sur la période de référence 1993-2020 en orange, écart-type en bleu.

Les nouveautés de cette saison cyclonique

  • De nouvelles normales

Les outils de prévision saisonnière font référence à une normale de saison, représentant le climat moyen actuel. Ces normales sont calculées sur 30 ans et mises à jour tous les 10 ans. L’année 2021 voit ainsi l’arrivée des nouvelles normales climatiques, avec une hausse des valeurs moyennes de l’activité cyclonique (voir tableau dernière page). Il faut de ce fait garder en tête que ce qu’on définit comme une saison plus ou moins active que la normale peut prendre un sens différent d’une décennie sur l’autre.

  • Production des bulletins réguliers du NHC dès le 15 mai

L’année 2020 fut une année record en nombre de cyclones nommés (30) sur le bassin Atlantique Nord / Mer des Caraïbes / Golfe du Mexique, dont 2 systèmes formés avant le mois de juin. C’est la 6ᵉ saison consécutive avec des cyclones précoces sur notre bassin. De ce fait, le National Hurricane Center (NHC) de la NOAA à Miami a avancé la date de démarrage de la production des bulletins réguliers (Tropical Weather Outlooks) au 15 mai.

  • Fin de l’utilisation de l’alphabet grec pour les saisons hyper actives

L’utilisation de l’alphabet grec pour nommer les cyclones, une fois la liste régulière épuisée, est abandonnée à partir de la saison 2021 au profit d’une liste supplémentaire de noms.

  • Houle cyclonique : nouvelle vigilance à l’échelle infra-départementale

Depuis le mois de juillet 2021, la « Vigilance Vagues Submersion » (VVS) remplace la vigilance « mer dangereuse à la côte » et permet d’informer sur le risque de vagues déferlantes et d’inondations côtières à l’échelle infra-départementale pour les îles françaises des Antilles et pour la Guyane. Cette vigilance pourra concerner la houle cyclonique, générée par un cyclone plus ou moins éloigné de l’arc Antillais.

Conclusions

En ce début du mois d’août, les différents éléments d’analyse dont nous disposons tendent à converger vers la possibilité d’une saison cyclonique 2021 légèrement plus active que la normale :

  • ENSO : phase neutre, avec la probabilité d’un nouvel événement La Niña autour du trimestre septembre-octobre-novembre.
  • Températures de l’Océan Atlantique : légèrement supérieures aux normales sur le cœur de la saison cyclonique, pouvant promouvoir une saison plus active que la normale.
  • Prévisions de tempêtes tropicales : un nombre de cyclones supérieur à la normale.

L'ACE prévu (indice global de l'énergie cyclonique accumulée combinant intensités et durées des systèmes dépressionnaires tropicaux) est lui aussi supérieur à la normale (133 ±46), mais il y a, comme à l’accoutumée, une forte incertitude sur cet indice.

Pour mémoire l'ACE de la mémorable saison 2017 fut de 225, tandis que l’an dernier (année record en nombre de cyclones nommés) il atteignait 180 ‘‘seulement’’.

Il faut surtout garder en mémoire que l’incertitude des prévisions saisonnières est encore plus importante pour une petite île donnée et qu’un seul cyclone suffit pour impacter fortement un territoire et laisser une trace de saison mémorable !

En conséquence, la préparation pour la saison cyclonique et le suivi doivent être identiques quelle que soit l'activité prévue de la saison, surtout pour les populations côtières et îliennes.

 

PRÉVISIONS SAISONNIÈRES D’ACTIVITÉ CYCLONIQUE EN 2021 SUR LE BASSIN ATLANTIQUE NORD/CARAÏBES/GOLFE DU MEXIQUE