Météo-France
Sargasses aux Antilles : comment le NECC atténue les échouements en fin d’été
21/08/2026En cette fin de saison estivale, les Antilles françaises observent une diminution des échouements de sargasses par rapport au printemps. Une partie de l'explication tient à un courant marin peu connu du grand public : le NECC, ou contre-courant nord-équatorial, qui se renforce à cette période et détourne une partie des algues vers l'Afrique de l'Ouest plutôt que vers les Caraïbes.
1. Deux courants, deux directions opposées
Dans l'Atlantique tropical circulent côte à côte deux courants de surface qui portent des noms proches mais jouent des rôles inverses :
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Le courant nord-équatorial (NEC) se déplace d'est en ouest. C'est lui, avec le courant nord-brésilien (NBC) et le courant des Guyanes, qui transporte historiquement les sargasses depuis l'Atlantique tropical central jusqu'aux Petites Antilles. C'est le principal responsable de l'arrivée des algues sur nos côtes.
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Le contre-courant nord-équatorial (NECC), situé un peu plus au sud (entre 3° et 10° de latitude nord), se déplace dans le sens inverse, d'ouest en est. Il agit comme une sorte de tapis roulant à contre-courant, qui prélève une partie des radeaux de sargasses présents dans la zone et les renvoie vers le golfe de Guinée, en direction du Sénégal, de la Côte d'Ivoire et du Ghana.
C'est bien la confrontation entre ces deux courants opposés, associée à la position de la zone de convergence intertropicale (ITCZ), qui détermine chaque année la part des sargasses qui repart vers l'Afrique et celle qui continue sa route vers les Caraïbes.
2. Un courant saisonnier, qui se renforce en été
Contrairement au NEC, présent toute l'année, le NECC est fortement saisonnier : quasiment absent en hiver et au début du printemps, il se met en place vers le mois de mai, puis s'intensifie progressivement tout au long de l'été boréal pour atteindre son maximum entre août et septembre, avant de s'affaiblir à nouveau en automne. Son intensité varie aussi d'une année à l'autre : les années où il est particulièrement vigoureux, associé à une ITCZ bien marquée, une part plus importante des sargasses reste piégée dans une zone de recirculation entre l'Afrique et l'Amérique du Sud (appelée North Equatorial Recirculation Region, ou NERR) au lieu de poursuivre vers l'ouest.
Nous sommes donc actuellement (mi-août) dans la période où le NECC est proche de sa force maximale annuelle.
Le modèle Jouanno-NEMO-Sarg, outil de simulation océanographique, confirme cette dynamique. En couplant des données physiques et biogéochimiques, il permet de prédire à la fois la biomasse des sargasses et leurs trajectoires sous l’effet des courants et des vents. Pour la période de juillet à septembre 2026, les simulations indiquent que le NECC, en s’intensifiant comme chaque été, détache progressivement des fragments de la Great Atlantic Sargassum Belt. Ces radeaux, poussés vers l’est, peuvent soit dériver vers les côtes africaines, soit rester en mer, contribuant ainsi à la pérennité du stock de sargasses pour la prochaine saison.
3. Ce que cela signifie pour les Antilles françaises
Cette montée en puissance du NECC en été contribue à expliquer pourquoi la saison des échouements aux Antilles a tendance à ralentir à cette période de l'année : une partie des sargasses qui, en hiver ou au printemps, auraient continué leur trajet vers l'ouest via le NEC est désormais réexportée vers l'est, en direction de l'Afrique de l'Ouest, ou retenue plus au large dans la zone de recirculation. Moins de sargasses disponibles dans le circuit qui alimente les Antilles se traduit, avec un peu de décalage, par moins d'algues échouées sur les plages.
Ce mécanisme ne joue toutefois pas seul : la quantité totale de biomasse présente dans l'Atlantique au moment où le NECC se renforce, ainsi que la force des alizés, restent des facteurs tout aussi déterminants. Le NECC ne fait donc pas disparaître le risque d'échouement, mais il en réduit la probabilité pendant les mois où il est le plus actif, avant qu'un nouveau cycle ne reparte en hiver avec le regain d'influence du NEC.